Les enfants « dyspraxiques », poissons-pilotes du numérique ?

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Cet article est le fruit de la collaboration entre Jean-Marc Roosz (Président d’Ecole2demain) et Philippe Liotard (Université Lyon 1) qui ont accepté d’apporter leur contribution à Actualitice à propos de la notion de dyspraxie. En effet, la popularisation du terme « Dys », peu signifiant, a rapidement provoqué une occultation de ce qu’il était censé signifier. Il renvoie à des troubles cognitifs qui perturbent les apprentissages spécifiques et génèrent des situations de handicap réelles (Dyspraxie, Dysphasie, Dyslexie, TDAH…) qui touchent des personnes elles aussi bien réelles. Le potentiel de l’éducation numérique permet de développer des dispositifs facilitants qui enrichissent, par la suite, l’expérience d’apprentissage pour tous les élèves.


Le terme de « dys » se popularise et se galvaude presque. Cependant il recouvre des handicaps bien réels. Pour les personnes qui les connaissent, ce qui est à noter, c’est une contradiction cruciale et pourtant peu perceptible : les empêchements qui sont les leurs les perturbent d’autant plus que leur intelligence est préservée. Elles ne peuvent réussir un certain nombre de tâches, alors même qu’elles en comprennent la logique, qu’elles perçoivent comment les réaliser, mais qu’elles sont par exemple dans l’incapacité de mettre en œuvre certaines étapes nécessaires à son exécution dans les délais impartis. Ceci crée un cruel « handicap scolaire » : difficultés à accomplir les tâches élémentaires du « métier d’élève ». Lire, écrire, compter, dessiner, faire des graphes, accéder aux contenus des tableaux devient quasi impossible, et, dans tous les cas, ne peut se faire qu’au prix d’un coût cognitif exorbitant, épuisant et limitant. Ceci constitue un frein considérable à la réalisation des « hautes tâches » scolaires (dissertation, résolution de problème, etc.) alors que la capacité à faire du lien, à réfléchir, à analyser, mais aussi à produire et à créer, bref, à se développer intellectuellement n’est pas entachée.

Le destin des élèves avec troubles des apprentissages est celui de Sisyphe : toujours recommencer, avec toujours le même colossal effort – en l’absence d’automatisation des praxies, notamment – pour toujours échouer, ou réussir si peu, si mal, selon les modalités scolaires de la réussite (et donc de l’évaluation).

Le numérique et les Tice facilitent l’apprentissage

Le potentiel du numérique et des TICE est venu proposer d’arrêter ce supplice. L’écriture au clavier est beaucoup moins coûteuse en termes cognitifs, plus rapide et plus efficace que l’écriture calligraphiée ; des applications de synthèse vocale permettent de dicter des textes ; des logiciels rendent accessibles la compréhension et le tracé en géométrie ; des milliers d’applications sont disponibles pour rendre la littératie accessible à tout porteur de handicap, le stockage des données permet un archivage personnalisé… Par ailleurs, le web 2.0 avec sa simplicité et son interactivité et l’entrée dans le web 3.0 et sa mobilité ouvrent des perspectives insoupçonnées naguère pour ces enfants.

Il résulte de tout cela que des enfants en situation de handicap cognitif parviennent à contourner les troubles des apprentissages en s’appropriant les outils du numérique. Mieux, ils peuvent devenir, dès avant la fin de leur scolarisation, porteurs des compétences visées par le système éducatif dans ce domaine. Pour l’instant, ils se heurtent encore, et surtout, à des résistances liées aux usages et aux habitudes scolaires : survalorisation de l’écrit, méfiance vis-à-vis des smartphones et d’Internet dès lors que les élèves les manipulent, évaluation trop souvent rapportée à une notation et à la restitution d’exercices et de compétences purement scolaires…

A ce titre, les expérimentations se multiplient tant sur l’usage de matériel (ordinateurs et tablettes numériques notamment), sur l’exploitation des réseaux sociaux (twitter, facebook…), sur la configuration de plateformes pédagogiques interactives (Spiral à l’Université Lyon 1), ou encore sur la création d’applications spécifiques à un type de handicap.

Des expérimentations et des associations ouvrent la voie

L’association Ecole2demain (E2D) entend jouer un rôle moteur dans les perspectives tracées par l’usage du numérique. Elle peut, certes, contribuer à une réflexion visant la rénovation des pédagogies, mais elle vise surtout à former les enfants et les adolescents différents, comme les adultes en situation de handicap, aux compétences permettant l’accès de tous au savoir et à la culture. L’idée n’est pas seulement d’adapter les pédagogies aux handicaps mais aussi de concevoir les outils et les dispositifs permettant aux personnes porteuses de handicap d’accéder à l’autonomie en milieu ordinaire, grâce à des adaptations rendues possibles par le numérique. Des projets sont en cours… dont nous rendrons compte prochainement.

Les enfants porteurs de troubles cognitifs ont ainsi toutes les chances de devenir des experts ordinaires dans l’usage des outils numériques et dans les rénovations pédagogiques qu’ils augurent. Poissons-pilotes du numérique, ces enfants accèdent aujourd’hui aux compétences qui seront le passage obligé de tous pour l’adaptation au monde de demain.

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