Le numérique met en évidence le manque de valorisation de l’acte pédagogique

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Pour voir les technologies de l'information se diffuser dans le monde universitaire, et enrichir efficacement la pédagogie au service des étudiants, encore faut-il que les efforts des enseignants soient reconnus. C'est ce qu'on fait valoir des intervenants en ouverture du Colloque international de l'université à l'ère du numérique (CIUEN), organisé par l'université de Lyon du 16 au 18 avril 2012. Force est de constater que l'activité de recherche est bien avant toute chose le moteur des carrières universitaires, alors que l'amélioration des pratiques pédagogiques se trouve reléguée en second plan. Pour valoriser correctement les apports du numérique, il est temps de changer la donne...


« Nous sommes dans un pays où l’acte pédagogique est tellement dévalorisé qu’il est considéré comme quelque chose qui menace gravement l’acte d’enseigner. Existe-t-il un autre pays où l’investissement d’un enseignant dans la pédagogie est synonyme de carrière ratée ? », interroge Michel Lussault, président du PRES de Lyon, lors de l’ouverture du CIUEN (Colloque international de l’université à l’ère du numérique), le 16 avril 2012. « Nous sommes un pays où nous avons presque envisagé qu’on peut devenir enseignant sans formation », ajoute-t-il. Si le numérique réinterroge le travail d’enseignant, force est de constater que la logique des « pionniers en matière de pédagogie » domine. « Cela fait 20 ans qu’on parle de l’évaluation des activités pédagogiques pour le déroulement des carrières mais que rien ne bouge », déplore le président du PRES de Lyon, estimant qu’il y a « des verrous idéologiques et culturels à faire sauter ».

« Le numérique multiplie les lieux de savoir légitime, chacun devenant expert et producteur de savoir, et l’acte de transmission se trouve dynamité en son coeur : nous sommes dans la nécessité de redéfinir le contrat de formation avec des individus qui ont pris l’habitude d’être des producteurs (de savoir) légitimes », analyse Michel Lussault. Il se dit « certain qu’il faut éviter la vision pédagogique tournée vers le passé », car « l’enseignement des Lumières ne nous sera d’aucune aide ». Pour lui, le problème tient notamment au fait qu’il n’a pas été « consacré suffisamment d’énergie à réfléchir sur ce qu’est l’acte de transmettre », et que le système français ne valoriser pas l’engagement pédagogique des enseignants.

Changement des attentes des étudiants

Pour Piet Henderikx, secrétaire général de l’Association européenne de promotion de l’enseignement à distance dans les universités EADTU (European association of distance teaching universities), « la situation en France reflète bien la situation européenne en général ». Mais le problème est d’autant plus crucial que « beaucoup d’étudiants décrochent, redoublent, s’intéressent assez peu à leur scolarité », note Daniel Filâtre, président de la commission de la formation et de l’insertion professionnelle à la CPU. « L’université ne va pas changer comme ça, mais le monde universitaire a en face des étudiants dont les pratiques, les attentes, les aspirations ont complètement changé, avec de nouveaux usages », remarque-t-il. « Le risque est que les étudiants ne viennent plus dans un monde qui ne tient pas compte de ce qu’ils sont ».

Pour Lionel Collet, président du comité scientifique du CIUEN, ancien président de la CPU et de l’université Claude-Bernard (Lyon-I), les universités « utilisent de plus en plus les technologies car c’est un outil essentiel d’ouverture, le numérique étant un élément de la réponse à la question de l’égalité d’accès aux études ». C’est aussi un « élément d’attractivité », et « un outil pour améliorer l’efficience des établissements dans un contexte budgétaire restreint qui n’a pas de raison de ne pas perdurer sur les prochaines années ». Pour lui, le numérique requiert d’adopter « un pilotage en mode projet » avec « des stratégies qui fixent des objectifs ». En effet, « il ne sert à rien de développer une stratégie numérique si les usages ne s’inscrivent pas au coeur des cursus et imposent un renouvellement des pratiques » pédagogiques.

Soutien nécessaire de l’État

Pour réussir le passage à l’ère du numérique, les universités doivent pouvoir compter sur l’État qui joue « son rôle de stratège, dans une logique d’accompagnement des établissements autonomes, en prévoyant dans les contrats quinquennaux des moyens », poursuit Lionel Collet. « Il est indispensable que le ministère refonde le contrat entre lui-même et les établissements, dans ses missions comme État stratège et dans ses moyens. Mais ce ne sera pas suffisant si un signal positif n’est pas donné en direction des enseignants ».

Le CIUEN 2012 intervient précisément dans un « contexte de compétition » accru entre établissements « au niveau international, avec des organismes industriels qui entrent dans le champ de la formation », note Clara Danon, responsable de la mission numérique pour l’enseignement supérieur au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Selon elle, « le numérique est un élément de cette compétition dans la mesure où il apporte de la visibilité », mais c’est aussi un outil au service des formations, « pour rayonner ». Le paysage universitaire évolue « avec la loi LRU, l’autonomie des établissements, la recomposition avec des alliances, regroupements et fusions, et le numérique peut être un élément positif en facilitant les synergies, les mises en communs, les nouveaux enjeux autour des systèmes d’information, etc. »

Pour Jean Dorey, président du comité scientifique du CIUEN et directeur de l’école Centrale de Pékin, « il est fondamental de partager les expériences, car le travail des autres ne doit pas faire peur ». Il estime que « nous sommes à une époque fascinante car dans la partie la plus bouillonnante de l’histoire du numérique ». Pour cette quatrième édition du CIUEN, l’université de Lyon, qui organise l’événement a ainsi souhaité que le colloque « s’inscrive dans une perspective large en le couplant au www2012, le congrès mondial du web, le plus grand congrès scientifique des spécialistes du web et le plus réputé », souligne Michel Lussault. Les deux manifestations doivent ainsi réunir « plus de 2 000 personnes spécialistes des technologies et du web » sur trois jours.

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