L’évaluation à l’ère du numérique : que peut-on espérer ?

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Dans le domaine de l’éducation, le concept d’évaluation est central. D’autant plus qu’il est bouleversé depuis quelques années par un nouveau paradigme : l’évaluation par compétences. En bref, les élèves et les étudiants sont évalués sur ce qu’ils savent mais surtout sur ce qu’ils savent faire. Les technologies de l’information et de la communication ont souvent été présentées comme un moyen d’accélérer la réforme de l’évaluation. Cependant, il semblerait que les Tice ne facilitent pas toujours les choses. Il est compliqué de s’approprier de nouvelles pratiques d’évaluation lorsqu’il faut en même temps prendre en main de nouveaux outils. LA question était au cœur de l'intervention de l'intervention d'Anne-Marie Bardi, inspectrice générale honoraire de l'Education nationale lors d’une journée d’étude organisée par Microsoft en septembre 2011.


Plusieurs voix s’élèvent contre le poids des notes dans le système éducatif français. Cette  dénonciation ne date pas d’hier et de nombreuses figures tutélaires de la communauté éducative francophone, de Claparède à Meirieu, sont montées au créneau pour montrer du doigt cette violence symbolique dont l’inefficacité est patente : le stress qu’elle engendre est d’autant plus inutile que les notes permettent difficilement d’évaluer les acquis individuels des élèves. Les notes reçoivent trois reproches principaux : la valeur de la note dépend du niveau de la classe et de l’établissement de l’élève ; il est évalué à un moment donné qui ne correspond pas forcément à son rythme d’apprentissage ; il est évalué sur des contenus qui sont souvent en inadéquation avec son niveau personnel. Ces trois unités de lieu, de temps et d’action participent à la dramatisation de la note.

Ces critiques sont aujourd’hui relayées en interne et le ministère de l’Education nationale tente de conduire le changement. Certains de ses cadres, respectés pour leur expérience et leur expertise technique, prennent position depuis le début des années 2000 : ils prônent la fin de la notation pour la généralisation de l’évaluation par compétences. C’est le cas notamment d’Anne-Marie Bardi, Alain Séré et Alain-Marie Bassy, inspecteurs généraux et honoraires. Ces derniers prennent pour exemple le dispositif mis en place autour du B2i, où des compétences en informatique et internet sont évaluées en contrôle continu par les enseignants grâce à des plateformes logicielles proposant la complétion progressive de tableau de compétences avec des indicateurs qui en listent les degrés d’acquisition : un système souple et collaboratif ou les équipes enseignantes interagissent avec des élèves ayant la possibilité de participer à leur évaluation.

Le potentiel du numérique dans l’évaluation par compétences

Plusieurs freins sont soulignés par ces experts en novembre 2009 lors d’une conférence organisée par l’AEF ou encore à l’occasion d’une journée d’étude organisée par Microsoft sur le thème de l’évaluation par le numérique en septembre 2011. Le premier frein est l’inadaptation générale du système : peu de temps est consacré à l’évaluation par compétences qui n’est d’ailleurs pas prise en compte, ou très peu, pour le brevet des collèges ou le baccalauréat par exemple. Le deuxième frein découle du premier : les enseignants subissent une double-peine en étant obligés de mettre en place une évaluation par compétences tout en continuant à délivrer des notes.  Enfin, la formation des enseignants à ce changement de paradigme n’est pas correctement mise en place et les outils logiciels mis à leur disposition sont encore imparfaits.

Pourtant le potentiel du numérique pour l’évaluation par compétences est souligné par de nombreux acteurs du monde éducatif français. Les notes, qui servent encore principalement à la communication dans le ménage à trois des élèves, des parents et des enseignants, sont aujourd’hui concurrencées par des outils plus efficaces comme le cahier de texte en ligne ou les environnements numériques de travail : signaux de fumée des temps jadis, elles cèdent désormais leur place à des bilans accessibles en ligne par les enfants et leurs tuteurs. Ces bilans sont effectués grâce à des logiciels adaptés qui permettent de prendre en compte le socle commun de connaissances et de compétences : les objectifs pédagogiques des enseignants sont plus compréhensibles pour les parents grâce à ce type de dispositif.

Mieux évaluer les élèves pour mieux évaluer le système

Si l’évaluation par compétences suppose que l’enseignant se focalise davantage sur l’apprentissage par le faire, de nombreux outils permettent de relever ce défi : univers virtuels, jeux sérieux, simulations, apprentissage en mobilité, stéréoscopie, réseaux sociaux, manuels numériques interactifs… permettent aux élèves et aux enseignants de contextualiser les connaissances et les compétences à acquérir. Pour que le contrôle continu des compétences des élèves ne soit pas un vœu pieu, encore faut-il que les élèves soient en condition de produire pour apprendre. En effet, les enseignants doivent faire en sorte que les élèves soient en activité pour évaluer le niveau d’acquisition des compétences ciblées : le cours magistral ne favorise pas l’évaluation continue par compétences. Des outils existent, encore faut-il vérifier leur qualité et s’assurer que les enseignants et les élèves se les approprient.

Enfin, l’évaluation par notation pose problème pour l’évaluation générale du système éducatif français. Si les notes sont contestables, des indicateurs symboliques comme le pourcentage d’obtention du baccalauréat le sont aussi. Il est alors difficile pour le ministère de l’Education nationale de se situer par rapport à ses partenaires européens ou internationaux. D’où le sentiment d’injustice ressenti par les citoyens français qui ont parfois l’impression de subir les classements internationaux de type PISA, fondés sur une évaluation par compétences, sans comprendre leur mauvaise note. Des efforts colossaux doivent donc être consentis pour éduquer à l’évaluation par compétences… et il faudra mesurer les progrès effectués dans ce domaine dans les années à venir : d’ailleurs quel dispositif d’évaluation va-t-on mettre en place pour exécuter cette mesure ?

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Simple laboratory scales for balancing tubes. 22 January 2011, 17:27:27. Own work by Lilly_M. Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license.

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