
La 7e conférence eLearning Africa aura lieu à Cotonou (Bénin) du 23 au 25 mai 2012 et devrait réunir plus de 1 500 participants et plus de 50 exposants venus de 90 pays, indique à Actualitice Shafika Issacs, gérante du programme de la conférence, interrogée début avril 2012. Il s'agit de la seconde édition organisée dans un pays francophone du continent, après Dakar (Sénégal) en 2009. La précédente édition était organisée à Dar Es Salam (Tanzanie). Elle souligne en particulier que l'essor des technologies mobiles (téléphones portables, smartphones) en Afrique représente une opportunité intéressante en matière de projets e-learning. L'événement, qui sera cette année placé sous le signe du « développement durable », accueillera des conférenciers comme Tarkan Maner, PDG du spécialiste de l'informatique réseau Wyse Technology, Fasil G. Bekele, de la direction des alliances privées et publiques de Microsoft, Sugata Mitra, professeur à l'université de Newcastle et au MIT Media Lab, ou encore Max Ahouêkê, ministre des Communications et des Nouvelles technologies du Bénin.
Actualitice. Quelle est la particularité de cette édition par rapport aux précédentes ? Combien de visiteurs et d’exposants sont attendus ?
Shafika Issacs. Les thèmes retenus pour la conférence annuelle reflètent à la fois les défis actuels de l’éducation basée sur les technologies de l’information et les priorités du pays et de la région où l’événement se déroule. Ainsi, eLearning Africa 2011 a permis l’introduction d’un courant de recherche dédié à des sujets aussi divers que les « identités numériques africaines » et l’utilisation d’outils de collaboration dans des contextes scolaires marginalisés. Le focus sera fait cette année sur le e-learning et le développement durable, avec encore un courant de recherche sur les nouveaux savoirs et une session sur les déchets informatiques. Un rapport du programme des Nations-Unies sur l’environnement de février 2012 indique ainsi que ce problème du traitement des déchets informatiques en Afrique de l’Ouest s’est accéléré au point qu’il pose des risques environnementaux et de santé : selon ce rapport, qui s’est intéressé au Bénin en particulier et à quatre autres pays de la région, entre 650 000 et 1 million de tonnes de déchets électroniques domestiques sont produits chaque année.
Actualitice. Comment se positionnent les pays africains francophones par rapport aux autres au niveau du développement des Tice ?
Shafika Issacs. Sur les 54 pays d’Afrique, il est difficile de faire des généralités, mais la plupart des mesures de développement des infrastructures TIC et de leurs usages sont intrinsèquement liées au PIB des pays par habitant, et à cet égard les pays francophones sont plutôt moins développés en termes de TIC que le reste de l’Afrique. Par exemple, l’activité autour d’un réseau social comme Twitter sur le dernier trimestre 2011 est de plus de 5 millions de tweets en Afrique du Sud, près de 2,5 millions au Kenya, 1,6 million au Nigeria, 1,2 million en Égypte, 745 600 au Maroc et près de 35 000 au Mali ou encore environ 7 000 au Niger.
Actualitice. Avez-vous identifié de nouvelles tendances dans l’évolution des politiques des pays africains en matière de numérique éducatif ?
Shafika Issacs. On estime que 51 des 54 pays africains ont une forme de politique TIC pour l’éducation. De la même manière, sur les cinq dernières années, beaucoup de pays ont également renforcé leurs politiques nationales numériques. La plupart de ces politiques mettent en évidence l’importance d’investir dans les technologies éducatives comme un moyen d’augmenter la compétitivité économique globale dans une économie croissante basée sur le savoir. Dans tous les cas, il est largement admis que nombre de ces politiques se focalisent sur les modèles traditionnels d’accès aux TIC dans les institutions éducatives, comme l’installation de salles informatiques de PC, et beaucoup ne comprennent pas comment les changements radicaux dans le paysage technologique influencent nationalement et internationalement la façon dont les élèves, enseignants, parents et communautés apprennent.
Actualitice. Quelles perspectives pour un marché africain du e-learning et des technologies éducatives ?
Shafika Issacs. Les choses bougent ! Alors que l’installation de réseaux filaires peut être lente et coûteuse dans certains pays, la pénétration des technologies nomades, conduite par des entreprises privées, représente une réussite africaine. 65 % des populations en Afrique ont accès à une connectivité mobile, selon les chiffres de Global system for mobile communications, soit une augmentation de 20 % sur les cinq dernières années. D’ici la fin 2012, il y aura plus de 735 millions d’abonnés à la téléphonie mobile en Afrique. Il y a beaucoup de perspectives existantes pour le e-learning, par exemple l’application sud-africaine MXit utilisée pour des exercices de m-learning (« mobile learning », apprentissage à partir d’un téléphone portable ou smartphone), comme le projet Yoza pour améliorer la littératie des adolescents.
Il y a beaucoup de jeunes développeurs qui arrivent avec des applications web et sur mobile pour le e-learning et aussi pour des usages autres. En décembre 2011, Ogo Ekueme du Nigeria a ainsi gagné prix « Apps4Africa » pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale avec son application « Hospital manager », Eric Mutta de Tanzanie a développé « The Grainy Bunch », un système de gestion de la chaîne achat, stockage, distribution et consommation de céréales dans le pays. La conférence eLearning Africa sert de plate-forme pour faire se rencontrer tous ces gens.
Actualitice. Dans quelle mesure un événement comme le vôtre est-il susceptible de favoriser des partenariats internationaux entre acteurs ? Avez-vous des exemples ?
Shafika Issacs. « Elearning Africa » est l’événement le plus important du continent pour réunir les décideurs, politiques, et praticiens de l’éducation, du monde des affaires et des gouvernements. C’est le lieu principal de réseautage autour des TIC appliquées à l’éducation et la formation, et au fil des ans des milliers de contacts ont été établis par les visiteurs qui vont ensuite établir des relations de travail consolidées avec ceux qu’ils auront rencontré.







